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La débâcle glaciaire de la Mer de glace.

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Localisation : Massif du Mont Blanc

La débâcle glaciaire de la Mer de glace.

Message  Admin le Dim 24 Avr 2011 - 9:33

LA DÉBÂCLE GLACIAIRE DE LA MER DE GLACE.

Le vendredi 25 septembre 1920 a eu lieu une crue brusque et violente de l'Arveyron, torrent glaciaire,.émissaire de la Mer de Glace.

L'événement est survenu dans les circonstances suivantes :

Depuis le 17 septembre, des pluies journalières s'étaient produites dans la vallée de Chamonix et jusqu'à 3000 mètres d'altitude. Dans la nuit du 23 au 24 notamment, un orage assez violent avait donné en quelques heures une lame d'eau de 56 millimètres. Une crue moyenne de l'Arveyron en était résultée, mais qui ne présentait aucun caractère alarmant.

Le vendredi 24 septembre, à 13 h. 30, les habitants du village des Bois eurent la surprise de voir soudain un jet d'eau considérable jaillir au point de jonction de la Mer de Glace avec la roche des Mottets. En même temps on observa que le débit de la source de l'Arveyron, qui émerge du pied même de la langue terminale de la Mer de Glace, diminuait des trois quarts.

A 15 h. 1/2, le jet d'eau des Mottets s'arrête, la source de l'Arveyron reprend son débit normal.

A 20 h. 1/2, la source de l'Arveyron se met à évacuer des glaçons assez nombreux et son débit entre en crue légère et progressive.

A 23 h. 1/4, arrêt à peu près complet de la source. Enfin, le samedi 25 septembre, à 0 h. 10, une débâcle énorme se produit; une lave formée d'eau, de glaçons, de blocs de rochers et de menus matériaux s'échappe en torrent de l'orifice d'où sourd l'Arveyron, puis se répand sur la plage des Bois, divague ensuite à droite vers les hameaux de Gaudeney et des Praz et à gauche vers la plaine de la Frasse. La partie la plus importante du flot suit le canal endigué qu'elle a bien vite fait de combler dans sa partie aval, ce qui provoque un débordement, surtout accentué dans le canton forestier du Bouchet.

Ce morcellement du flot en atténue la puissance, et il n'arrive dans la ville de Chamonix qu'une lave sans vigueur, qui se borne à bouleverser la scierie Taberlet et à ensabler les sous- sols du Carlton -Hôtel, du Chamonix-Palace, de la photographie Tairraz et de quelques autres maisons. Aucun immeuble n'est détruit ou même ébranlé et aucun accident de personne n'est enregistré.

L'examen de la plage des Bois, où se sont déposés les gros matériaux expulsés par le glacier, montre que ceux-ci ont recouvert une surface de trois hectares qu'ils ont remblayée sur une épaisseur moyenne de 5 mètres. Leur volume peut donc s'évaluer à 150.000 mètres cubes. Il n'est pas exagéré d'attribuer un volume au moins égal aux petits matériaux ainsi qu'à la glace (On a remarqué parmi les matériaux de charriage une grande Quantité de blocs de glace noire.) et à l'eau, et l'on peut concevoir, dès lors, l'importance de la lave qui en est résultée et qui a dû atteindre et sans doute dépasser 600.000 mètres cubes.

En présence de la grandeur de cette masse, on ne peut que trouver relativement faible l'importance des dégâts qui, d'après une évaluation sommaire, a été chiffrée, tant en curage du lit de l'Arveyron, réfection de chemins et de conduites d'eau, dommages à la scierie Taberlet, etc., à 990.000 francs.

L'examen du glacier lui-même a donné lieu aux remarques ci-après : .

Tout d'abord, la langue terminale n'a guère changé d'aspect; deux photographies prises par M. Tairraz quinze jours avant la débâcle, puis immédiatement après, permettent d'affirmer que les quelques arrachements constatés correspondent à un volume de glace peu considérable.

Au-dessus de la langue terminale, en abordant le replat de la Mer de Glace proprement dite, on est de suite frappé par l'impression d'affaissement que donne la Veine Noire entre le Mauvais-Pas et le Nant-Blanc, et par les très nombreuses fentes fraîches qu'on y remarque, toutes ouvertes parallèlement à la moraine et perpendiculairement aux crevasses anciennes.

Entre le Pil-d'Argent et le Nant-Blanc, la Veine Noire présente une zone d'effondrement chaotique en forme d'ellipse, dont le grand axe, parallèle à la veine, peut mesurer 150 mètres de longueur, et le petit axe 80 mètres. Ce sont partout des gros blocs tout fraîchement éraillés ou cassés et des dépressions nouvelles inconnues du guide Ravanel (Gilbert) et du brigadier forestier Galmiche qui nous accompagnent.

Vis-à-vis du Nant-Blanc on aperçoit, de plus, des crevasses toutes récentes qui découpent la Veine Blanche. En amont du Nant-Blanc, l'aspect du glacier ne paraît pas modifié.

Reprenant alors les crevasses de la Veine Blanche, nous en avons suivi le trajet. Nous en avons observé cinq. Curvilignes, concentriques, elles partent en face du Nant-Blanc, perpendiculairement à l'axe, se dévient ensuite et aboutissent, parallèlement à la moraine, vers le Rocher des Mottets. Ces crevasses ont une largeur croissante de l'extérieur vers l'intérieur ; la plus externe mesure environ 0 m. 30 d'ouverture, et la plus interne atteint 0 m. 60 *. Il est à remarquer en outre que ces crevasses ont une allure de faille et que le bord interne présente, par rapport au bord externe, une dénivellation qui varie de 0 m. 05 à 0 m. 30.

La partie de la Veine Blanche circonscrite par ces crevasses ne paraît pas avoir subi une dislocation analogue à celle de la Veine Noire. Elle semble avoir simplement fléchi en masse autour des crevasses faisant fonction de charnières. Signalons encore que nous avons été frappé par la sécheresse superficielle de cette zone et par l'absence d'eau dans toutes les ouvertures anciennes.

1 Deux jours plus tard, le rédacteur de la présente note, visitant a nouveau le glacier, constatait un élargissement des crevasses; Tune d'elles atteignait 0 m. 80 d'ouverture.

Nous ne saurions assurément prétendre donner une explication certaine du phénomène qui s'est produit les 24 et 25 septembre. Ce n'est donc qu'une simple hypothèse que nous émettrons à ce sujet.

Tout d'abord, nous rejetterons l'idée que l'effondrement partiel de la langue terminale, obturant la gorge étroite d'où sort l'Arveyron, ait pu être l'origine du cataclysme; car, dans ce cas, l'eau sous pression aurait rompu la croûte glaciaire du front bien avant de provoquer une rupture sur la Roche des Mottets, à 500 mètres plus haut. Voici, à notre avis, quelles ont pu être les diverses causes et phases de la débâcle du 25 septembre.

L'état de crue dans lequel se trouve la Mer de Glace depuis une dizaine d'années mettait cet appareil glaciaire en état d'équilibre instable et le prédisposait vraisemblablement à des dislocations locales.

Ensuite, les pluies abondantes de la troisième semaine de septembre ont pu, de leur côté, occasionner une saturation des crevasses extérieures et intérieures de la partie aval du glacier et surtout activer l'érosion sous-glaciaire. Le 24 septembre, à 13 h. 1/2, sous l'influence du poids d'eau et de la disparition de certains points d'appui, une rupture de la voûte intra-glaciaire se produit, probablement dans la Veine Noire, et obture en partie le torrent sous-glaciaire au niveau du Rocher des Mottets. L'eau sous pression, privée d'une issue suffisante, crève la croûte et donne naissance au jet d'eau des Mottets; le débit de l'Arveyron diminue d'autant.

A 15 h. 1/2, le torrent sous-glaciaire a réussi à se créer un nouveau cours et à retrouver son issue normale; l'Arveyron reprend son débit ordinaire; le jet d'eau des Mottets s'arrête,

A 20 h. 1/2, une nouvelle dislocation a lieu. C'est peut-être alors la portion de la Veine Blanche limitée par les crevasses nouvelles qui fléchit à son tour; les crevasses anciennes se vident et occasionnent la crue progressive de l'Arveyron en même temps qu'un entraînement des glaçons provenant des dislocations de la masse glaciaire.

Puis, à 23 h. 1/4, ces glaçons remaniés forment barrage et retiennent les eaux du torrent glaciaire pendant 55 minutes. La pression de l'eau ainsi retenue devenant formidable, le barrage, sous sa poussée, saute, et c'est la débâcle de minuit 10 qui donne la puissante lave de rochers, de glaçons, d'eau et de boue.

Aucune affirmation ne peut être émise au sujet de la possibilité du renouvellement, à date plus ou moins proche ou plus ou moins éloignée, de ce cataclysme glaciaire. En tous cas, aucun caractère inquiétant ne se manifeste dans le glacier; aussi toutes les probabilités sont-elles pour qu'un phénomène de ce genre, auquel on ne connaît pas de précédent, si ce n'est peut-être en 1700, ne se renouvelle pas avant un temps fort long.

Il importe donc que les populations inquiètes se rassurent et soient convaincues qu'aucun danger proche ne les menace. Au surplus, le fait qu'aucun accident de personne n'a eu lieu, qu'aucune destruction de bâtiment n'est survenue, est une démonstration rassurante que l'heureuse disposition des lieux, la largeur de la vallée et sa faible pente ont permis à la ville et aux hameaux de Chamonix d'échapper à ce qui, dans tout autre site moins heureusement disposé, eût constitué une catastrophe et un désastre.

Il n'en est pas moins certain qu'il y a lieu de prendre toutes les précautions possibles pour limiter, en pareille occurrence, les dégâts au minimum. Nous mentionnerons notamment l'utilité extrême que peut présenter, pour la protection du village des Bois, le canton forestier de même nom qui, malheureusement, sous l'influence d'un pâturage immodéré, tombe en ruine et est à la veille de disparaître. Au point de vue hydraulique proprement dit, l'établissement d'un lit mineur dans la plaine de la Frasse, la restauration de la digue du Chapitre et la surélévation des ponts de l'Arveyron et de l'Arve, à débouchés trop faibles, mériteront sans doute d'être envisagés.

Chambéry, 1er octobre 1920. M. Jourdan-Laforte. Revue de géographie alpine. Année 1920.



Transmis par Chamok.
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Contrairement à l'inondation d'il y a une dizaine d'années, provoquée par un orage d'envergure exceptionnelle, qui a rempli les crevasses de tous les glaciers et engorgé la couche neigeuse jusqu'à très haute altitude.
Tout cela s'est stocké puis libéré pendant 2 jours provoquant une crue dévastatrice des Arveyrons en 2 temps, juste après l'orage, puis ensuite la vidange de l'eau stockée sur les glaciers.
Des photos sur cette page.
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De Robert Vivian :

Dans la nuit du 24 au 25 septembre 1920, une violente crue de l'Arveyron a inondé la plaine de Chamonix. Des blocs de glace de près d'un mètre cube ont été retrouvés jusqu'à Annemasse, à 70 kilomètres de là.

Photo du 26 septembre 1920.



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Re: La débâcle glaciaire de la Mer de glace.

Message  Nicolas le Dim 24 Avr 2011 - 9:49

A cette époque, la mer de glace arrivait très bas dans la vallée
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Re: La débâcle glaciaire de la Mer de glace.

Message  Admin le Dim 24 Avr 2011 - 10:27

Oui, elle sortait encore dans la gorge de l'Arveyron, et était visible de Chamonix à raz les rochers des Mottets.


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Re: La débâcle glaciaire de la Mer de glace.

Message  Nicolas le Dim 24 Avr 2011 - 10:34

On a du mal à ce rendre compte au vu d'aujourd'hui Shocked

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Re: La débâcle glaciaire de la Mer de glace.

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